Onzième siècle – la société féodale

La société au onzième siècle – Pillage, vol, incendie – Naissance des villes fortifiées – La Trève-Dieu – Organisation politique – Organisation ecclésiastique – L’évêché de Lausanne – Avoués impériaux et épiscopaux – Etat social lamentable.

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L'abbaye de Romainmotier

L’état social, à la chute du royaume de Bourgogne était lamentable et le peuple, accablé par les guerres intestines, dépouillé par les hordes envahissantes, tandis que les nobles se harcelaient, pillaient les villages. Nul n’était à l’abri des exactions et des haineuses querelles. L’Eglise, elle-même, n’échappait point aux spoliations violentes des grands.
L’Abbaye de Romainmôtier se plaint en 1049 de Adalbert de Grandson et ses vassaux qui ont pillé ses fermes. En un mot, chaque jour de combat sanglant et la vie de l’homme pas plus que ses biens n’ose espérer le respect de quiconque.
Des bourgs fortifiés s’élèvent un peu partout, mais les murailles sont souvent d’impuissantes barrières aux impétueuses ambitions des seigneurs voisins. Ceux-ci d’ailleurs sont pour la plupart de vulgaires coupe-jarrets ; les routes qui passent sous les tourelles de leurs manoirs sont loin d’être sûres et le pauvre colporteur comme le riche baron doivent prendre garde au châtelain toujours veillant, ainsi que bête fauve en embuscade.
L’évêque Hugues de Lausanne convoque les évêques de Bâle, Genève, Sion sur la colline de Montriond à Lausanne, en présence de la noblesse et du peuple et ils proclament solennellement la Trêve-Dieu. Ce n’est pas la paix définitive mais une trêve. On ne peut demander à ces rudes chevaliers, à ces hommes d'épée et de proie, de mettre tout à coup bas les armes pour demeurer paisibles en leur châteaux. Ils se battront encore mais ils feront trêve à jours fixes! Il sera défendu «de par l’autorité de Dieu» de faire la guerre du mercredi soir au lundi matin ; de même tous les chrétiens devaient vivre en paix depuis le premier décembre au six janvier et durant les soixante-dix jours qui précèdent la fête de Pâques.


Le partage des terres du souverain s’opérait, à ces débuts de l’époque impériale, par héritage et avaient pris le nom de fiefs (Féodum, feudum, mot d’origine germanique venant de fe fu salaire, et de od, propriété). Les bénéficiaires s’étaient rendus plus indépendants; bientôt ils méconnurent toute autorité royale ou impériale et enfin leurs fiefs devinrent la seule souveraineté. Dès cette époque, où commença la période féodale, dit Verdeil (l’HISTOIRE DU CANTON DE VAUD) , les institutions monarchiques disparurent, mais remplacées par des institutions féodales…
Dès l’onzième siècle, elle présenta l’aspect suivant :
société féodaleAu sommet de l’ordre social était le roi ou l’empereur, venait ensuite le comte, laïque ou ecclésiastique, le sire, le primat, seigneur qui, ne reconnaissait au-dessus de lui que le monarque et était grand vassal de la couronne; en dessous du grand vassal était le chevalier, miles, seigneur de condition inférieure; au-dessous du seigneur était l’homme libre, petit propriétaire et sujet du seigneur; au dernier degré de l’ordre féodal, le serf, servus, homme, qui attaché à la glèbe ou à la terre, en suivait la destinée, soit par vente, soit par tout autre mode de session.
Une cour se formait autour du seigneur lequel était omnipotent dans son fief, vivait en son castel entouré de nobles vassaux, de prêtres, de soldats, de baladins, de chanteurs tandis que la dame châtelaine devisait avec ses dames d’honneur et ses suivantes. Des banquets succédaient aux banquets où les seigneurs buvaient et se réjouissaient après la chasse ou les aventureuses expéditions. Pas de préoccupations intellectuelles d’ailleurs, si ce n’est quelques superstitieuses religiosités. Les arts, les lettres, les sciences étaient confinés dans quelques couvents. Quant aux seigneurs, le pommeau de l’épée ou le sceau gravé suspendu à la ceinture tenaient lieu de plume et d’encre; la plupart ne savaient ni lire ni écrire. D’ailleurs qu’eussent-ils lu? Les litanies, la vie des saints, la messe. Ils avaient selon eux, mieux à faire..
L’éducation des jeunes seigneurs, dans ces temps de la féodalité, était rude. Destiné au métier des armes, le jeune seigneur, dès son âge le plus tendre, suivait son père et ses veneurs à la chasse des loups, des sangliers, alors abondants dans les forêts du Pays de Vaud, et attaquait à l’arme blanche ces animaux redoutables, il apprenait à dompter les chevaux les plus fougueux, à manier la lance, la hache d’armes, la masse et la dague ; et à se couvrir d’un bouclier ; il s’habituait à porter aisément la pesante armure en fer et le casque à visière, que le noble seul avait droit de revêtir. Comme le courage et la force corporelle étaient les qualités les plus essentielles de tout seigneur, il ne faut point s’étonner du manque de connaissances intellectuelles.
A cette époque, la force prime le droit. Disons plus: la notion du droit est absolument inconnue. Prendre et garder, telle est la devise des seigneurs, petits et grands.
Le seul contrat dans lequel se manifeste certains droits et certains devoirs est celui qui lie le vassal à son suzerain. Ils étaient unis entre eux par lien féodal qui prenait fin à la mort de l’un des contractants ou par la volonté du vassal ou du surerain. Le vassal devait le service militaire ou d’assistance financière.
Et le serf? Cet esclave, cette chose constitue alors la majorité du peut et doit être considéré comme l’ancêtre direct du peuple vaudois. Sa nourriture grossière, du pain, du lait du fromage, des légumes, c’est tout. La viande est une rareté, non pas que dans les bois il manque le gibier, mais la plèbe n’a aucun droit sur le lièvre ou le chevreuil, lesquels avec le faisan, le paon, le coq d’Inde, le cygne même, figurent sur la table des seigneurs. Et le pauvre boit de l’eau tandis qu’à la sueur de son front il cultive les vignes plantées par les moines sur les bords du Léman, vignes célèbres et dont les vins formèrent bientôt la base d’un commerce naissant.Mais à côté de cette population laïque, grandissait en puissance et en nombre la population cléricale, troupeau parfois remuant, toujours ambitieux que conduisait –  armé tantôt de l’épée, tantôt de la crosse – l’évêque de Lausanne , comte de Vaud.


Au douzième siècle, l’évêché se composait de huit décanats: Lausanne, Avenches, Soleure,vey, Neuchâtel, Outre-Venoge, Pays-d’Enhaut, Fribourg. Le siège de l’évêché était Lausanne qui avait succédé à Avenches et Lausanne se partageait en deux, la Cité et le Bourg. La Cité dépendant du prélat, le Bourg avait une municipalité propre.

On termine ce chapitre de la période féodale de la société vaudoise en la résumant comme suit. En haut, la profusion, le luxe encore un peu sauvage, les joies et le fêtes brutales, le cliquetis des épées alternant avant les chants d’Eglise; en bas, la misère, l’esclavage, sans une lueur d’espoir, sans même la pensée d’une liberté possible; liberté qui sera conquise mais huit siècles plus tard.

Decanatus

Carte de l'évéché de Lausanne XIIIe
Carte de l'évéché de Lausanne XIIIe


Decanatus de Lausanna

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