Les Lacustres

Arrivée des nomades sur les bords inhabités du Léman - Les palafittes du Léman – L’âge du bronze plus richement représenté que l’âge de la pierre – Station de Morges – Construction des villages – Occupation des habitants – Vie sociale – Vue religieuse, hypothèses – Pas de sacrifice humains

 
Lorsque il y a peut-être 4’000 ans avant J-C. les nomades arrivèrent sur les hauteurs du Jura et découvrir tout à coup le panorama superbe du Léman – le lac du Désert - et des Alpes, cette étendue de forêts avec du gibier à profusion. Sa sauvage grandeur fut sans doute un attrait pour des hommes rudes et fort audacieux ; l’assurance d’une chasse productive – tout en donnant à la fois vêtement et nourriture – les décida à se fixer sur cette terre inconnue.
Mais, semblable résidence, pour des familles mal armées, mal logées, n’était point facile à établir. Si les forêts étaient peuplées de gibier tels que cerfs, chevreuils, de redoutables carnassiers tels que des loups, sangliers, taureaux sauvages disputaient au chasseur cette proie tentante, et l’imperfection des armes semblait assurer aux puissants quadrupèdes une supériorité incontestable.
Avant ces populations-là, il n’y avait eu que des groupes de chasseurs de rennes, dont la grotte de Sex près de Villeneuve, et celle de Baulmes, ainsi que le vallon des Vaux, au dessus d’Yvonand, ont conservé des vestiges.
Les nécessités de défense obligèrent les nouveaux arrivants à construire ces huttes sur pilotis, ou bien apportaient-ils avec eux de l’Orient et du Nord, le souvenir et l’habitude de semblables. Les uns choisirent des grottes mais la majorité s’établit sur pilotis (habitation lacustres ou palafittes. On a découvert dans le Léman des pilotis de Coppet à Villeneuve. Les objets découverts sur les rives du Léman datent de l’âge de bronze alors que des objets de l’âge de la pierre (antérieur) ont étés découverts sur les rives du lac de Neuchâtel et en Suisse allemande.les lacustres 1898, le Musée national à Zurich
La plus importante bourgade lacustre du Pays-de-Vaud est celle de Morges. Découvert par le prof. Forel, l’emplacement mesure plus de trois cents cinquante mètres sur 45 de large. Avec 311 cabanes, on arrive approximativement à 1'200 habitants. C’est approximativement entre 1'500 et 1'000 avant. J.C. que prospérait la station lacustre de Morges. Outre des outils, ustensiles et parures, le sous-sol du lac a livré les restes d’une pirogue de chêne exposée au musée de Genève.
Les habitations étaient destinées à supporter le plancher brut sur lequel s’édifiaient les habitations. La taille de ces pieux constituait un travail des plus pénibles, et les bûcherons recouraient au secours du feu. Quand le tronc moitié charbonné, moitié entaillé, se détachait des racines, il restait à dépouiller les rameaux. Les pilotis entrant dans la vase de trente centimètres à un mètre cinquante et devait dépasser les hautes eaux d’au moins un mètre à deux mètres ; c’est pourquoi qu’ils avaient une longueur totale de quatre à dix mètres. L’extrémité pointue qui entrait dans le limon était taillée, soit avec une hache en pierre ou par carbonisation par le feu. (F. Troyon op. cit. page 257.)
D’autres pièces en bois étaient placées horizontalement pour construire le plancher des cabanes. Celles-ci peuvent être comparées à celles des Gaulois du temps de Strabon. De forme cylindrique, avec des cloisons faites de branches entrelacées enduites d’argile et couvertes d’une toiture conique, ces cabanes pouvaient avoir un diamètre de trois à cinq mètres. La paille ou les feuilles accumulées contre la paroi servaient de lit. Le foyer, en dalles brute devait occuper le centre de la pièce.
Des passerelles reliaient entre elles ces habitations et formaient un village avec places, quoique la vie sociale à cette époque fut nécessairement rudimentaire, entravée par les exigences brutales et l’égoïsme puissant de la lutte pour vivre.
Dans tous les cas, les habitants naviguaient sur le lac dans des canots formés de troncs d’arbres. Les populations vivaient de la pêche et de la chasse; mis à part ces occupations, les habitants des palafittes élevaient des bœufs, des chèvres, des moutons et des chevaux; des ossements nombreux en font foi.
L’industrie n’était point inactive: la pierre, puis le bronze se transformaient sous la main d’œuvre en armes et en ustensiles divers que prouve surabondamment les débris de silex, d’ambre, de néphrite (minéral) retrouvés sur les emplacements de l’âge de la pierre en Suisse – matières venues évidemment d’Orient - , il est évident qu’un commerce d’échange s’établit en Helvétie dès les temps les plus reculés.
Il ne faut point croire que ces hommes n’aient pas eu une certaine organisation.
M. F. Troyon, par intuition d’historien et de poète, a ainsi parlé de cette vie sociale : « L’espace limité sur lequel s’élevaient les cabanes obligeait de les grouper tout autrement qu’on l’eut fait sur la terre ferme. L’esplanade, propriété commune, était certainement construite et entretenue par la communauté".
Il fallait fixer des démarcations entre les intérêts généraux et particuliers de la population dont les membres se trouvaient journellement en contact, et constituer un autorité capable de faire respecter les usages établis. A l’origine, l’autorité patriarcale des chefs de famille suffisait. Lorsque la population s’accrut, ce fut sans doute à la famille qu’on emprunta les éléments de l’organisation sociale, mais plus les intérêts furent nombreux, plus aussi il fut nécessaire de réguler. Une police était même indispensable pour empêcher tout ce qui aurait pu compromettre la sûreté générale, et probablement pour faire éteindre les feux lors les vents se déchaînaient sur ces frêles habitations. La bourgade ne pouvait se passer de lois, d’autorité ou de chef. L’agriculture, connue en Suisse dès les âges les plus reculés, eut pour conséquence la délimitation du sol et la garantie de la propriété. (M. de Molin – revue historique vaudoise).
lacustre-femme
Pour l’aspect religieux, il est fort difficile de se prononcer. Les nombreux autels druidiques et de menhirs témoignent d’une préoccupation spirituelle et qui ont dû être utilisés par les peuplades établies sur terre ferme, les Celtes, les Helvètes vainqueurs et successeurs des lacustres; il n'est pas prouvé que les habitants des palafittes y aient célébré quelques cultes. Menhirs, blocs de pierre à signification religieuse ont été découvert en grand nombre sur les rives sud du lac de Neuchâtel.
Menhirs de Cleny/Yverdon.

 

Plusieurs archéologues, se basant sur la coutume qu'avaient les lacustres d'incinérer leurs morts, ont cru pouvoir affirmer la foi de ces peuples en la résurrection des corps. Nous noterons qu'on n'a nullement trouvé dans les tombeaux du canton de Vaud antérieurs à l'âge du fer, des traces de sacrifices humains.
Comment cette forme primitive de vie sociale a-t-elle pris fin ? Nul document n’est là pour nous l’apprendre et nous sommes réduits aux suppositions. Le niveau des lacs s’est-il élevé brusquement a a-t-il provoqué une évacuation massives des palafittes ?

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