La guerre intérieure et le canton du Léman

Le nord du canton et les paysans étaient opposés à l’occupation – Le voisinage des troupes françaises ne rassurait personne – 1798 une Constitution Helvétique rédigée par le balois Ochs et le Directoire français – Proclamation d’une République helvétique indivisible – Le Canton du Léman – La France annexe Genève, Neuchâtel, Bienne – La Diète est dissoute – 1798 – le général français Brune envahit Fribourg et Berne – Création de trois républiques indépendantes
"Vive Berne!"
“Vive Berne!”

Il ne faudrait pas croire que la révolution ait été accueillie partout dans le pays avec l’enthousiasme des patriotes lausannois. Dès la fin de janvier, le nord du nouveau canton, Baulmes, St-Croix, Vuiteboeuf, se montrèrent opposés aux idées nouvelles. Les paysans étaient surtout indignés de l’occupation militaire française et du prêt de sept cent mille francs consenti par l’Assemblée au général Ménard.
A Berne, les esprits n’étaient guère tranquilles, le voisinage des troupes françaises ne rassurait personne. Le Conseil souverain tenta quelques réformes tardives, mais l’heure des réconciliations étaient passée.

Nouvelle Constitution
Tandis que de part et d’autre on se prépare à la lutte, un courrier venant de Paris arrive à Lausanne le 9 février 1798 une Constitution helvétique, rédigée par le bâlois Ochs et approuvée par le Directoire français; cette constitution institue une République helvétique une et indivisible. 121 députés des cantons d’Argovie, Bâle, Berne, Fribourg, Léman (Vaud), Lucerne, Oberland (bernois), Schaffhouse, Soleure et Zürich se réunirent à Aarau le 12 avril 1798 pour proclamer la République Helvétique et accepter sa nouvelle Constitution.
Maintenant les cantons ont perdu leur indépendance et leurs constitutions propres; ils sont devenus de simples départements, des préfectures. L’Helvétie, on ne dit plus la Suisse, est composée d’un Sénat, d’un Grand Conseil et d’un Directoire. Ces deux premiers corps font les lois. Le Sénat comprend quatre sénateurs par canton alors que les cinq membres du Directoire exécutent les décisions du Sénat et du Grand Conseil par le moyen de six ministres. L’Helvétie compte maintenant dix-neuf cantons.Le Pays de Vaud fait partie de la nouvelle République Helvétique sous de nom de Canton du Léman, sauf Payerne et Avenches, qui sont rattachés à Fribourg. La France avait annexé Genève, Neuchâtel, Bienne, le territoire du prince évêque de Bâle (Canton de Jura) et Mulhouse (en Alsace, lieu associé a la vieille Confédération Suisse).
Le mouvement révolutionnaire s’étend aussi dans le reste de la Suisse et gagne les cantons allemands ; la Diète à Aarau est dissoute.
A Bâle, à Lucerne, à Zürich, dans le Bas-Valais, dans les anciens villages vaudois du canton de Fribourg, le patriciat avait véçu; l’Argovie avait secoué le joug de Berne qui, menacé par quinze mille Français et cinq mille Vaudois, sous les ordres des généraux Brune et Schauenbourg , préparait à vendre chèrement sa séculaire puissance.
Dans le Pays de Vaud – ou pour mieux dire dans le canton du Léman – le jacobinisme avait pénétré à la suite des troupes françaises.
 Troupes françaises en Suisse
Invasion française en 1798
Carte de l’invasion française en 1798

Le 26 février 1798, le général Brune, commandant des armées françaises, informait Berne que le Directoire lui avait donné les pleins pouvoirs et invita Berne à négocier ; dans le refus, les troupes françaises attaquèrent Fribourg et le 6 mars, le général Brune fit son entrée dans Berne. Les généraux français plus pressés de pilier que de rétablir l’ordre s’emparent des richesses de LL. EE. avaient entassées. Les trois ours du fossé furent expédiés à Paris. Pendant que la capitale succombait, les habitants des Ormonts défendaient leurs vallées mais le 7 au soir, les Ormonans étaient vaincus et le drapeau rouge et noire disparaisaient du Pays-d’Enhaut. Le Vully fit également partie du Pays de Vaud.
Si la conquête du Pays de Vaud par le régime républicain fut presque aisée, la marche de ce régime dans le centre de la Suisse, dans l’est de la Suisse et les petits cantons ne fut point rapide. « La victoire de l’étranger, le pillage des trésor, les violences indignèrent les paysans de la vielle Suisse. Cette indignation ne connut plus de bornes lorsqu’ils virent l’étranger prétendre leur imposer une constitution qui n’avait égard ni à leurs habitudes, ni à leurs besoins.

Formation de trois républiques
Les petits cantons protestèrent au général Brune et celui-ci, indécis devant cette hostilité presque générale à la Constitution unitaire, annonça la création de trois républiques indépendantes ; la République Rhodanique, formée du Pays de Vaud jusqu’à Nidau, du canton de Fribourg, de l’Oberland, du Valais et des bailliages italiens ; la République Tellgovie formée des petits cantons, la République Helvétique, composée des autres contrées de l’ancienne Confédération (13 mars). Mais ce projet fut encore plus mal accueilli que l’autre. Quelques jours plus tard, le général Brune annonçait à tous les cantons que la République une et indivisible était rétablie…
Le 12 avril 1798, les députés helvétiques s’assemblent à l’Hotel-de-Ville d’Aarau, proclament la République une et indivisible, démocratique et représentative, basée sur la constitution de P. Ochs. L’avocat Kuhn, de Berne, fut nommé président du Grand Conseil, et le Sénat choisit pour le présider, P. Ochs, de Bâle. Ces conseils élirent Luc Legrand, de Bâle, Maurice Glayre, de Romainmotier, Victor Oberlin, de Soleure, Louis Ray, de Berne, et Pfyffer, de Lucerne membres du Directoire Exécutif. La République unitaire était donc acceptée bon gré mal gré par la plupart des cantons suisses ; seuls les Petits Cantons et le Haut-Valais résistèrent encore, mais le 4 mai, après une lutte sanglante, les soldats de la Suisse primitive durent se rendre et d’accepter la constitution, autant détestée.
Les Hauts-Valaisans résistèrent encore mais furent vaincus à leur tour ; le 18 mai, Sion tombait à son tour suite aux assauts des soldats français qui pillèrent cette ville et massacrèrent les habitants.
Ainsi, après trois mois de luttes sanglantes, la nouvelle république était définitivement instituée, acceptée par les uns, imposée aux autres. Avec ce régime s’ouvrait une ère de désordres, de querelles, de guerres intestines qui, pendant cinq ans, désolèrent le pays tout entier.

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