Civilisation romaine en Helvétie

Vaincus par César à Bibracte (Autun) en -58 av. J.C., la paix fut conclue entre les Helvètes et le général romain à condition que les vaincus, après avoir laissé les otages, retourneraient en Helvétie et reconstruiraient leurs villes et villages calcinées. César rapporte qu’environ cent dix mille hommes purent repasser le Jura et rentrer dans la patrie de leurs pères. Les romains érigèrent des camps et des forts militaires jusqu'à la frontière nord du Rhin. Plusieurs villes et villages suisses ont été fondés par les romains, entre autres Bâle, Zurich, Genève et Coire. La bureaucratie militaire romaine a été établie à Avenches (Aventicum), qui était la capitale des Helvètes. La population de la Suisse n'était pas plus forte que 100'000 à 200'000 habitants. Six ans plus tard, quand le chef gaulois Vercingétorix appela tous les peuples celtiques à unir leurs forces contre l’impérialisme romain, les Helvètes se soulevèrent et envoyèrent un contingent de huit mille hommes en Auvergne, au secours de la place forte d’Alésia, assiégée par César. Ce fut en vain : la Gaule entière subit une défaite face à l'armée romaine de Jules César en 52 av. J.-C. Par la suite, Auguste. Fils adoptif de César s'appliqua à ouvrir et à garantir les Communications transalpines. En 25 av. J.-C, il s'assura ainsi l'accès au Petit-St-Bernard. Dix ans plus tard (vers 15 av. J.-C, Tibere et Drusus, ses fils adoptifs, conquirent toutes les régions des Alpes centrales ainsi que les Préalpes jusqu'au Danube. De ce fait, le territoire de la Suisse actuelle fut entièrement intégré à l'Empire romain. Auguste fit commémorer ces victoires en 76 av. J.-C. par un grand monument, le Trophée des Alpes (encore visible à La Turbie près de Monaco), qui ne mentionne pas les Helvètes parmi les peuples vaincus, le Plateau suisse ayant été annexe pacifiquement.

Des guerres civiles éclatèrent en 68-70, la Civitas Helvetiorum ou Helvétie entra en conflit avec la XXIe légion, stationnée à Vindonissa (Windisch), puisque, ignorant la mort de Galba dont ils étaient les partisans, ils refusaient de se rallier à Vitellius que soutenait l'armée du Rhin. A cette occasion, les Helvètes subirent une lourde défaite et la destruction d'Avenches fut évitée de justesse.

buste de vespasien
buste de vespasien

En 71 après. J.-C, Vespasien, qui conservait des liens tout particuliers avec Avenches où son père et son fils Titus avaient vécu, éleva la ville au rang de colonie latine, désormais nommée « Colonia Pia Flavia Constans Emerita Helvetiorum Foederata », favorisant ainsi la romanisation de l'élite dirigeante helvète. II y installa probablement aussi des vétérans, cherchant ainsi à combler les pertes humaines de la guerre civile. Sur le plan administratif, la Civitas Helvetiorum fut tout d'abord rattachée à la province de Gaule Lyonnaise, puis à celle de Gaule Belgique, enfin à celle de Germanie supérieure, créée en 85 apr. J.-C. Au Ier siècle, la bordure nord du Rhin est une zone frontalière stratégiquement importante de l'empire romain: elle est occupée militairement et garnie de camps militaires permanents qui sont démantelés lors de l'extension maximale de l'empire au IIIe siècle, qui correspond à une période de prospérité économique et de développement pour la région. À cette même époque, le christianisme se répand progressivement sur le territoire avec l'apparition des premières églises entre 350 et 400. Dès la fin du IIIe siècle, des incursions barbares des Alamans (ou Alémans) en Germanie puis sur le territoire suisse ramènent progressivement la frontière sur le Rhin, le long duquel les lignes défensives (forteresses et tours de guet) sont reconstruites. Progressivement, dès 401, les troupes romaines quittent le Rhin pour gagner le sud des Alpes, abandonnant ainsi définitivement le territoire de la Suisse aux Burgondes et aux Alamans ; deux peuples d’origine germanique.

Commentaires sur la Guerre des Gaules par Jules César

Commentarii de Bello Gallico est un ouvrage d'histoire en sept livres de Jules César, constitué de notes rédigées au fur et à mesure de la guerre et rassemblées vers 52-51 av. J.-C., dans lequel il relate ses opérations militaires (pour une bonne part c'est en fait la collation des rapports qu'il rédigeait, en partie avec ses lieutenants, pour les envoyer au Sénat qui surveillait l'activité des proconsuls tels que César) lors de la Guerre des Gaules qui se déroula de 58 à 52 av. J.-C. et dont il fut le généralissime victorieux. Un huitième livre écrit plus tard par Aulus Hirtius décrits des derniers combats de 51 av. J.-C. et la situation en Gaule en 50 av. J.-C.
Par G. Kaenel
Revue scientifique de L'Université de Genève
 

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