8ème au 10ème siècle – Charlemagne – La reine Berthe

 

Charlemagne
Charlemagne

La dynastie franque mérovingienne, dégénérée, est supplantée en 751 par la dynastie carolingienne et son plus illustre représentant Charles-le-Grand, plus connu sous le nom de Charlemagne. Avec son génie politique et son dynamisme conquérant, ce grand monarque réussit à rassembler tout l’Occident sous son spectre et recréer partiellement le prestigieux Imperium Romanum, dont le souvenir n’avait cesser de hanter l’esprit de tous les princes germaniques. C’est en 800 que Charlemagne se fait couronner Empereur à Rome par le pape en personne. Cette fois-ci, la Burgondie est complétement résorbée dans le vaste Etat unifié. L’ancienne Helvétie occidentale a cessé d’être un duché ; on lui réserve la désignation un peu vague de contrée transjurane ou terres d’Outre-Jura (ultram Jurum partes). Moins que jamais elle est capable d’opposer un front solide à la poussée des Alémanes. Les voici qui atteignent maintenant l’Aar sur tout son cours, Ils submergent toute la région du lac de Lucerne et du Wallensee : les dernières sonorités des dialectes romans quittent tout ce pays jusqu’au Gothard. La vague alémanique déborde ensuite sur le Haut-Valais, et la « noble contrée » valaisanne, où la culture latine s’était le mieux implantée, se germanise. Pour quelque temps encore, la région du lac de Bienne, Glaris, les Grisons et la vallée du Rhin pourront maintenir leur caractère roman. L’administration carolingienne fixe la limite entre l’Alémanie et la Bourgondie à l’Aar. La frontière politique s’ajuste ainsi à la frontière des races et de langue.

Charlemagne meurt en 814. Son faible héritier, Louis le Débonnaire, n’est pas de taille à sauvegarder la cohésion du vaste empire. Ses propres fils se révoltent contre lui et l’oblige à des partages. En 839, Lothaire lui arrache le comté de Vaud et celui du Valais. Quatre ans plus tard, la gigantesque construction de Charlemagne s’effondre. Rapidement l’autorité impériale ou royale fut miné par la concurrence des grandes familles ducales et comtales qui disposèrent de plus en plus de la puissance effective alors que souverain n’avait plus que l’apparence et le côté décoratif.

Au traité de Verdun, en 843, l’Etat carolingien se morcelle. Il y a dès lors une France à l’Ouest, une Germanie au Nord, et entre elles deux une Lotharingie-Italie. La France a pour frontière orientale le Rhône, la Saône et la Meuse tandis que la Germanie est limitée à l’Ouest par le Rhin et l’Aar. Les Alémanes sont annexés à la Germanie, et notre Pays romand entre dans la Lotharingie, Etat tampon entre la France et l’Allemagne.
Le nouvel ordre européen crée à Verdun s’est révélé d’emblée une application mal aisée. Les nombreux héritiers de Charlemagne ne parviennent pas à s’entendre. De nombreuses conférences entre les princes ont lieu régulièrement au Pays de Vaud, dans la résidence royale d’Orbe, bien placée en bordure de l’artère de France en Italie, afin d'aplanir la concurrence des grandes familles.  Ils avaient pour objet essentiel les grandes questions politiques et dynastiques qui préoccupaient les princes carolingiens, ils ont dû parfois porter à l’ordre du jour la solution des difficultés locales. L’affaire du duc Hubert, qui mettait la Transjurane sens dessus dessous. Cet Hubert, apparenté à la famille impériale, apparaît vers 850 comme abbé de Saint-Maurice d’Agaune. Mais cet étrange moine n’avait de religieux que la tonsure. Entouré d’hommes d’armes et de gens de mauvaise vie, il dilapidait le patrimoine de l’abbaye. C’est néanmoins en faveur de ce personnage peu recommandable que Lothaire II, rétablit le titre et la fonction de duc de Transjurane. Sitôt investi de cette charge, Hubert abuse de son pouvoir pour terroriser le pays de ses actes de brigandage. Suite à l’intervention armée de Lothaire contre ce personnage, Hubert se réfugie en France. Le comte Conrad fut investi par le souverain du titre et des droits du vaincu : le voici donc duc de Transjurane à la place de Hubert, jusqu’en 870 environ où son fils Rodolphe lui succède.

Rodolphe fit un traité d’alliance avec Berenger, roi d’Italie qui se voyait menacé par Arnolphe, roi de Germanie. Celui-ci redoutant cette alliance, prend les devants et pénètre en Bourgogne transjurane. Il traverse le Valais, saccage Saint-Maurice, Bex, Aigle. Rodolphe surpris est obligé de se retirer et devant l’envahisseur qui, pendant l’année 912, pille, brûle, tue, ravage le Pays de Vaud. Des familles entières émigrent dans le Pays-d’Enhaut.
Cependant l’énergie du désespoir décuple les forces de Vaudois et des Transjurans. Rodolphe les conduits et dirige des attaques imprévues, de petits combats isolés qui sont pour l’armée allemande autant de défaites. Cette dernière se retira mais laissant le pays dans un grave état de dévastation. A la mort du prince, son fils Rudolphe II lui succéda ; songeant à s’agrandir le royaume de son père, il réclama la possession du territoire entre l’Aar et la Reus, qui faisait partie du duché d’Allemagne ou de Souabe. Il lève des troupes et défait Burkart, le duc de Souabe à Kibourg (près de Winterthur).

Reine Berthe
Comme gage de paix, Burkart offrit la main de sa fille Berthe à Rudolphe, (celle qui sous le nom de « bonne reine Berthe » a laissé dans l’histoire de notre pays un de ces rayons doucement lumineux dont les peintres du moyen-âge se plaisaient à orner le front très pur des vierges et des saintes. Ce mariage lui permit de s’accaparer d’une partie de l’Argovie. A la mort de Rodolphe II en 937, il laissa le spectre aux mains de la reine Berthe et de son fils Conrad qui n’avait que dix ans.

Mais en parlant des guerres conduites par Rodolphe loin de notre pays, nous avons laissé quelques temps dans l’ombre les bord du Léman que nous revoyons maintenant dévastés et saccagés par les Hongrois et les Sarrasins, venus les uns du nord, les autres du midi, et qui auraient trouvé la Transjurane sans maître – proie facile – si Berthe, la courageuse autant que bonne, n’avait pas veillé à la sécurité de tous.
Nous voyons encore s’élever sur les collines de vielles tours que nous nommons du nom de la reine Berthe : à Gourze, à Moudon, à la Molière, à Neuchâtel, à des distances qui permettent de s’entendre et de se donner des signaux. Ces édifices d’une solidité remarquable que le peuple trouvait un asile lorsque les hordes barbares surgissaient.
Le testament par lequel la douce reine lègue au monastère de Payerne la presque totalité de ses bien est considéré comme apocryphe (inexact), mais sa prédilection pour la cité broyarde est incontestable. Elle fut inhumée quelque part dans le chœur de l'abbatiale Notre-Dame de Payerne.

 

La tour de Gourze

La Tour de Gourze

Reine Berthe

La reine Berthe par Anker, 1888

Le royaume de Rodolphe III perdit beaucoup d’influence car la féodalité prenait de l’ampleur ; les seigneurs se déclaraient et se montraient indépendants. Tenant compte de cette situation, Rodolphe choisi l’appui de l’empereur germanique Henri II. Cette opération qui sacrifiait les Bourguignons et les Romands à la domination allemande irrita la noblesse. A la mort de Rodolphe en 1032, la Suisse romande devint, après cent quarante-cinq ans de quasi indépendance, une province de l’empire germanique, comme elle avait été une province de l’empire des francs.

Vous apprécierez aussi